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2040... avec Jean-Pierre Goux

Dans le podcast "Dites à l'Avenir que nous arrivons", réalisé avec les Eclaireurs - le média des initiatives positives de Canal+ Group - et l'Institut des Futurs souhaitables, Mathieu Baudin, Directeur de l'Institut reçoit un.e invité.e qui lui partage son regard sur l’époque, confie ses visions de futurs souhaitables et ses contributions concrètes pour les faire advenir. Ces échanges se finissent sur un conte uchronique, situé en 2040, lu par Mathieu, que nous co-écrivons sur la base des idées et éléments de l'invité.e.

Dans cet épisode, visite dans le futur avec Jean-Pierre Goux, mathématicien, depuis la Lune, Base Alpha 4. 

Intégrer la conscience planétaire dans les décisions...

Lune, Base Alpha 4, 23 avril 2040.  Merci, Jean-Pierre, de m’avoir fait partager ta balade matinale au bord de la mère de la sérénité proche de la Base Alpha 4 dans laquelle nous nous trouvons. 

C’est la première fois pour moi que je viens ici sur la Lune.  Hier, nous avons célébré le 70e anniversaire du Jour de la Terre. Comme chaque année depuis 15 ans, toutes les activités humaines se sont arrêtées, jusqu’ici sur notre station lunaire, pour ne penser qu’à une seule chose, Gaïa, la biosphère qui s’est établie sur la Terre. 

 D’ici, nous avons l’une des plus somptueuses vues, elle est à moitié éclairée, demi-sphère de vie dans ce cosmos toujours aussi noir. La plus belle des vues, restant celle depuis le point de Lagrange L1, le meilleur endroit de l’univers pour admirer la Terre. Le satellite DSCOVR, puis ses successeurs, nous offrent depuis plusieurs décennies une vue unique sur Gaïa, permettant à tous les Terriens via le projet OneHome de ressentir l’Overview Effect et de tomber amoureux de la Bille bleue, comme nous, les astronautes. 

Cette simple image a réveillé l’humanité en lui donnant à voir ce qui était invisible pour ses yeux et qu’elle ne savait pas encore voir avec son cœur.  Sous les assauts répétés de notre frénésie, la Terre s’était tue. C’était à  notre tour maintenant de nous taire. 

Chaque année, à l’occasion du Jour de la Terre, les humains font vœu de silence. Toute notre attention se porte à l’écouter, à la regarder, à éprouver cette pleine présence, à ressentir les liens invisibles qui nous unissent au reste du vivant, à nous remettre à notre place dans le grand concert de la vie et du cosmos, à célébrer chacune des espèces vivantes qui maintiennent ce vaisseau en vie, à honorer notre maison commune, à la considérer pour sa perfection, à la remercier pour sa générosité et à lui déclarer notre amour.    Cette attention portée à ce qui nous relie plutôt qu’à ce qui nous sépare, avait été le déclencheur de la Révolution bleue. 

Cette journée était le point de synchronisation de tous les humains entre eux. Chaque année, nous constations à quel point les braises du vivant s’étaient réactivées. Et cela nous remplissait de joie. Tous. Partout. Même ici sur la base Alpha d’où les bruits de la Terre sont inaudibles mais où l’on ressent tous les jours sa quiétude et sa magnificence. Du lever du jour, à la tombée de la nuit, nous profitions de cette Terre, de la joie d’être vivant sur ce petit rocher qui vogue à deux millions de kilomètres heure dans l’univers. Depuis 2025, c’est devenu le grand rituel commun de l’humanité. Et grâce à lui, chaque autre jour de l’année était devenu aussi un jour où nous respections la Terre.  L’attention portée au monde qui nous entoure, aux liens qui nous relient, était la clé. 

Cela avait paru au départ stupide comme stratégie au vu de l’urgence écologique, sociale et économique qui dévastait le monde depuis des décennies. Mais cette chose infime avait permis de nous ramener à ce que l’humanité avait de plus beau à offrir, à partager. Cela bien évidemment ne s’est pas fait en un jour. En 2020, ça n’était qu’un petit nombre de personnes réunies autour de OneHome, qui ne prêchait rien et ne posait qu’une question : qu’allez-vous faire aujourd’hui pour prendre soin de vous, des autres et de la Terre ? Dans le grand tumulte des années qui ont suivi, personne ne voyait l’intérêt d’une telle approche. Pourtant, celles et ceux qui avait pris le temps de s’y connecter, à contempler ces images de la Terre accompagnées de  magnifiques vibrations artistiques, avaient ressenti quelque chose d’unique, de profond, un sentiment d’unité qu’ils avaient l’impression d’avoir toujours connu. 

Voyant les bienfaits que la contemplation de la Terre leur apportait, cela avait déclenché la curiosité de plus en plus de monde, provoquant un fort engouement. Et la communauté s’était peu à peu agrandie. Un système de valeurs s’était développé, sans ennemi, sans jugement, sans intention autre que de respecter les lois du vivant que l’humanité avait remplacé par les lois de l’économie.  Ils ne mangeaient plus les mêmes choses, ne travaillaient plus dans les mêmes entreprises, ne passaient plus leur temps aux mêmes occupations, se soignant différemment, éduquant leurs enfants autrement et s’engageant massivement pour des causes essentielles.  Cette force douce fut inarrêtable. 

Lorsque ce groupe devint suffisamment grand et que les médias en parlèrent, les tenants du système mortifère s’inquiétèrent. Ils cherchèrent à arrêter le satellite, mais un autre, construit par les amis de OneHome était déjà en route pour le point de Lagrange. 

En 2025, ce nouveau mode de vie avait causé la chute de nombreux grands conglomérats industriels et l’avènement de nouvelles activités humaines florissantes. 

La France fut le premier pays à décréter en 2026 cette journée de silence. 

En 2030, c’était 100 pays qui avaient fait la bascule. 

En 2040, c’était pour la première fois le cas de toutes les Nations du monde.  Comme l’avait prédit le poète Christian Bobin « Dans cette lutte incessante que constitue le monde dit moderne, les contemplatifs sont les guerriers les plus résistants ».

Pour retrouver le podcast "Dites à l'avenir que nous arrivons" :

Et le livre "Dites à l'avenir que nous arrivons", LEDUC, juin 2020 :

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